Accueil 2020-03-30T15:01:59+00:00
Odile Cornuz

PANTOUMS!

La poésie en temps de pandémie ? Pan ! Elle vise le cœur, y parvient sûrement. Panégyrique, pourquoi pas ? Ici pas de panorama – mais l’espoir de donner forme à l’informe, visage à l’invisible. Soif pantagruélique de sens ! Partageons, partageons… Pas de pangolin, non, assez ! mais des pancartes et autres supports avec des signes tracés – des mots, oui – plus loin essaimés. Ce n’est pas la panacée, mais qui veut dans sa panoplie d’exercices casaniers, hors de cette panade, faire chauffer plume et clavier, peut dans le pantoum se lancer ! Oui, le pantoum ! C’est une forme fixe, poétique, dont le nom vient du malais (comme celui du pangolin ; la boucle est bouclée) à faire vivre et puis pan ! voyager sur la toile, par poste, comme vous voulez, pour atteindre les têtes et les cœurs pantelants ! Pantoums plutôt que pandémie dans les poumons ! Respirez donc la poésie, inspirez à fond, de l’air confiné peut-être, mais en constante réinvention. Pas de panique, donc, mais de la concentration – sur ce que l’on pense et ressent, à quoi l’on peut donner forme et offrir en butin à l’humanité. Non pour le panthéon, mais l’ici maintenant, ensemble, avec panache et sous le charme de la poésie en partage.

Pantoum / 1

Là sous mes yeux circulent des vivants

L’invisible remue certains poumons

Le calme règne pour qui a le temps

Des soignants s’épuisent, nous nous pâmons

 

L’invisible remue certains poumons

Les symboles et moi sommes déployés

Des soignants s’épuisent, nous nous pâmons

Quel choix de signes interpréter ?

 

Les symboles et moi sommes déployés

Toutes rumeurs circulent à foison

Quel choix de signes interpréter ?

Chacun ici pourrait perdre raison

 

Toutes rumeurs circulent à foison

J’aimerais glisser ma main dans la tienne

Chacun ici pourrait perdre raison

Que l’insouciance du toucher revienne

 

J’aimerais glisser ma main dans la tienne

Le printemps se pointe, bien peu farouche

Que l’insouciance du toucher revienne

Et le mot courage occupe les bouches

 

Le printemps se pointe, bien peu farouche

Je puise au fond de la sérénité

Et le mot courage occupe les bouches

Les pensées fusent dans la cité

 

Je puise au fond de la sérénité

Visant ce qui est – ou non – important

Les pensées fusent dans la cité

Là sous mes yeux circulent des vivants

 

Odile Cornuz, Neuchâtel, le 18 mars 2020

 

Pantoum, sobre définition :

  • Suite de quatrains à forme fixe (octosyllabes ou décasyllabes à rimes croisées), dont le nombre est illimité mais doit être supérieur à six ;
  • Les deuxième et quatrième vers de chaque strophe sont repris pour les premier et troisième vers de la suivante ;
  • Le dernier vers du poème reprend le premier ;
  • Les thèmes développés alternent les préoccupations intérieures et extérieures…

A vous de jouer ! Vous pouvez m’envoyer vos pantoums via le formulaire de contact de mon site – je les publierai sur une page dédiée.

 

Ma ralentie (d’autre part) est disponible en librairie: en voici quelques échos. En février 2019, ce livre obtient le Prix Auguste Bachelin, il en question sur RTN. Il fait aussi l’objet d’une rencontre au bord de la poésie, diffusée par Espace 2. En juin 2019, Eric Bonvin le découvre en marge des Journées littéraires de Soleure.

Sur viceversa littérature, Claudine Gaetzi propose une critique de Ma ralentie. Vous trouverez sur le site poesieromande.ch un entretien au sujet de Ma ralentie, mené par Emmanuelle Vollenweider. Vous pouvez également écouter l’émission Versus/Lire sur Espace 2, consacrée à Ma ralentie, en compagnie de Jean-Marie Félix et Jean-Luc Rieder.

Pour d’autres textes, voyez quelques monologues de Terminus traduits en anglais par Tess Lewis dans “Trafika Europe”, un beau numéro qui rassemble des traductions d’auteurs suisses de tous horizons, ici. Ou l’édition papier 2017 de Viceversa Littérature: vous y trouverez une nouvelle inédite de ma plume, intitulée “Au hasard”.

 

“Seule la réalité devenue langage est une réalité acquise.” Paul Nizon, Marcher à l’écriture